Âge : 15 ans et +
Éditeur : Nathan
360 pages
Note : 
La vie de Chloé, jeune étudiante réservée, bascule lorsqu’elle rencontre Clara Holland sur le campus. Cette influenceuse fait rêver tout le monde avec ses posts bling-bling et ses fêtes ultra-sélect. Elle se prend d’affection pour Chloé, qui se sent enfin spéciale.
Mais l’amitié devient peu à peu suffocante, surtout lorsque Chloé est invitée à vivre chez Clara. Et quand une étudiante disparaît, certaines rumeurs à propos de l’influenceuse remontent à la surface…
Chloé saura-t-elle voir au-delà des paillettes, avant que la violente réalité de Clara ne la rattrape ?
S’il est d’abord question, dans Influence mortelle, de lever le voile sur la face cachée de la vie d’une jeune influenceuse, Clara Holland, à travers le regard d’une étudiante qui croise sa route, Chloé, le roman explore surtout avec finesse les mécanismes de l’emprise et des relations toxiques, version 2.0.
Au début de l’histoire, Chloé ne connaît Clara que de loin : un nom aperçu, un profil parcouru distraitement sur les réseaux sociaux, sans fascination particulière. Pourtant, il suffira d’un geste anodin — une écharpe oubliée que Chloé lui rapporte — pour enclencher une mécanique implacable. À partir de cet instant, le lecteur assiste à une véritable descente aux enfers, lente et insidieuse.
L’un des points forts du roman réside dans la manière dont l’autrice met en scène la progression de l’emprise. Par étapes successives, presque imperceptibles, Clara s’immisce dans le quotidien de Chloé jusqu’à en occuper chaque recoin. Cette montée en puissance est particulièrement réussie : le lecteur, conscient que tout cela ne peut que mal se terminer, observe avec une tension croissante les stratégies de manipulation déployées par Clara. Le roman montre avec justesse comment certains influenceurs peuvent instrumentaliser leur image et leur charisme pour séduire, contrôler, puis exploiter leur entourage.
L’atmosphère devient de plus en plus oppressante et glaçante, notamment lorsque Clara introduit les « Golden », un cercle fermé de jeunes filles soigneusement sélectionnées. À l’image de Chloé quelques semaines plus tôt, elles sont invitées à vivre dans le manoir de l’influenceuse. Ce lieu, d’abord fascinant, se transforme peu à peu en un huis clos étouffant. Derrière les fêtes démesurées, l’alcool (qui coule à flot) et l’apparente liberté, s’installe un système de règles toujours plus strictes et absurdes, coupant progressivement les « Golden » du monde extérieur. Clara y apparaît alors comme une véritable gourou moderne, incarnation inquiétante des dérives possibles des réseaux sociaux.
La dimension psychologique du roman est particulièrement intéressante. Lauren Wilson décortique avec précision les mécanismes de domination, de fascination et de dépendance affective. Même si l’on peut parfois être frustré face à la passivité de Chloé — tant la toxicité de Clara semble évidente —, cette réaction participe aussi au réalisme du récit : l’emprise ne se voit pas toujours de l’intérieur.
Le thriller s’appuie également sur le mystère entourant la mort d’une camarade de Chloé. Si cet élément apporte une tension supplémentaire, le suspense reste relativement modéré de ce côté-là. L’intérêt du roman réside davantage dans l’étude de caractère de Clara, personnage central fascinant et dérangeant, et dans la manière dont elle attire ses proies pour mieux les piéger.
Les dernières lignes d’Influence mortelle me laissent une impression troublante : qu’a réellement retenu Chloé de cette expérience ? Une ambiguïté finale qui renforce le malaise ressenti aussi lors de cette lecture.
