Troisième chance de Rachel Corenblit

Âge : 12-15 ans / 15 ans et +
Éditeur : Nathan
290 pages

Note : 5 out of 5 stars

Noa passe en conseil de discipline pour la deuxième fois de l’année. Son avenir est en jeu, c’est peut-être sa dernière chance de le défendre dans ce  » procès « . Rongée par un secret qui l’empoisonne, elle a surtout désespérément besoin d’aide.
Mais les adultes qui la jugent sont-ils prêts à écouter, et à comprendre, une adolescente révoltée et pleine de rage ? Lui donneront-ils une dernière chance ?

Je suis, depuis que j’enseigne, quasiment chaque année membre du conseil de discipline. Certains m’ont plus marquée que d’autres, plus touchée aussi, parce que derrière certains élèves, on devine des parcours cabossés, des histoires personnelles difficiles qui les ont conduits jusqu’à ce moment-là. Noa est de ces élèves dont on sait pertinemment que le conseil de discipline n’apportera pas de véritable solution, qu’il déplacera simplement le problème ailleurs, en laissant ce goût amer de ne pas avoir vraiment aidé. Elle est de ces élèves dont on aimerait comprendre le silence, connaître les pensées, les blessures, pour pouvoir leur offrir un avenir différent.

J’ai aimé la manière dont Rachel Corenblit, dans Troisième chance, scande son récit. Tout commence par le conseil de discipline, et chacun des chapitres sonne juste, me replongeant dans cette atmosphère si singulière, lourde, pesante. Puis vient le temps de remonter le fil des événements, de s’approprier peu à peu l’histoire de cette jeune fille dont on découvre la fragilité derrière le masque de dureté, et ce qu’elle a vécu : quelque chose de trop banal malheureusement, et pourtant profondément insupportable.

J’ai beaucoup aimé le personnage de Noa, touchante dans ses contradictions, fragile derrière sa carapace, déçue par tant d’adultes mais capable malgré tout de voir encore quelques lueurs autour d’elle : Madame d’abord, cette enseignante qui refuse de l’abandonner ( qu’on a tous, quand on est prof, l’espoir un peu secret d’être un jour), puis son petit frère Diego, auquel elle reste profondément attachée.
J’ai aussi été touchée par la mère de Noa, femme au parcours cabossé elle aussi, qui a laissé sa fille s’éloigner sans jamais cesser de l’aimer.
Rien n’est simple chez ces personnages, et c’est ce qui les rend si justes et bouleversants.

La narration à rebours permet de comprendre peu à peu pourquoi Noa s’est battue avec un autre élève. Mais surtout, elle nous happe et nous entraîne à ses côtés. Peu à peu on comprend comment Noa a érigé sa colère et comment sa carapace s’est construite et a fini par l’isoler du reste du monde.

Le style, le ton, le découpage de la narration sont parfaitement maîtrisés, et l’écriture de Rachel Corenblit nous tient en haleine jusqu’au bout.

Lien pour marque-pages : Permaliens.