La Mémoire des vaincus de Bleuenn Guillou

Âge : 15 ans et +
Éditeur : Didier jeunesse
570 pages

Note : 5 out of 5 stars

À Novi Zora, tout s’achète, même les souvenirs. Voilà quatorze ans que la nation, vaincue par Mirska lors d’une guerre sans merci, vit dans la honte et la misère. Anastasia connaît bien la valeur de la poussière mémorielle : elle a vendu son passé pour devenir voleuse de souvenirs. Ses missions, de plus en plus dangereuses, la mènent jusqu’au Parlement des Trente. C’est là que Lev compte trouver sa place en gravissant les échelons politiques, aidé d’un mentor anonyme. Contrairement à ses traîtres de parents, effacés de toutes les mémoires par le châtiment de la damnatio memoriae, il entend marquer l’Histoire en restaurant la gloire de sa patrie. Mais dans les coulisses du Parlement, les souvenirs les plus précieux attisent les convoitises. Quand les échos du passé se heurtent aux ambitions de l’avenir, il faut parfois se méfier de sa propre mémoire…

Après avoir beaucoup aimé La Lignée des maudits, j’avais très envie de découvrir le nouveau roman ( qui sera un dyptique ) de Bleuenn Guillou. 

Nous voici donc à suivre Lev et Anastasia. Tous les deux vivent à Novi Zora (anciennement appelé Krajlara), pays vaincu par son voisin Mirska et qui vit depuis sous sa coupe, dans la misère. Lev est un orphelin ambitieux qui, avec l’aide d’un mentor anonyme, veut gravir les échelons au sein du parlement de Novi Zora, en devenant d’abord Petit Trente. Anastasia est une jeune fille mystérieuse et intrépide, qui a vendu les souvenirs de ses quinze premières années pour devenir voleuse de souvenirs. Deux trajectoires très différentes, des ambitions opposées, mais un destin qui finira bien sûr par les faire se croiser.

L’intrigue de La Mémoire des vaincus est riche, fouillée et surtout rythmée. Le monde politique de Novi Zora comme celui de Mirska est plein de faux-semblants : complots, manipulations et ambitions personnelles sont au cœur du récit. On se laisse souvent surprendre, parfois même duper, par des personnages qui cachent particulièrement bien leur jeu. De fait, la tension est permanente.

L’autre atout de La Mémoire des vaincus, c’est son univers. L’idée de ce marché aux souvenirs, de cette mémoire que l’on peut vendre, acheter ou voler, est intéressante et nourrie l’intrigue. Elle donne aussi au récit une dimension originale tout en posant des questions intéressantes sur le pouvoir du passé, surtout quand on peut le contrôler.

J’ai particulièrement aimé suivre Lev dans les coulisses du pouvoir : son ascension est aussi fascinante que brutale. Plus il avance, plus il découvre les rouages d’un système impitoyable. Anastasia, de son côté, nous permet de mieux appréhender les conséquences de ce marché aux souvenirs.

Certains passages (notamment ceux liés aux échos de la guerre ) sont particulièrement forts.

Petit bémol néanmoins pour le personnage d’Alina, dont j’ai eu un peu de mal à comprendre les motivations et l’attitude envers Lev, que j’ai trouvé très radicale alors même qu’ils sont proches et ont grandi ensemble. J’ai longtemps cru qu’elle était, comme Lev « missionnée » par le mentor qu’ils partageaient mais…ce n’est pas certain !

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